Thierry Vendome, la matière en liberté
Artiste joaillier, Thierry Vendome imagine des pièces uniques où les minéraux, les métaux et les formes composent un langage singulier. Héritier d’une histoire familiale profondément liée à la création, il a développé un univers personnel, nourri par la nature, les souvenirs et une relation instinctive à la matière. Esprit Joaillerie a souhaité en savoir davantage sur cet artiste créateur, sur son parcours et sur la poésie qui traverse ses bijoux.
C’est au cœur du Marais, quartier historique de Paris, face à l’Hôtel de Beauvais, que Thierry Vendome a installé son univers. Derrière les vitrines de sa galerie, les pierres dialoguent avec des matériaux inattendus et les créations semblent ouvrir les portes d’un autre monde. En véritable alchimiste des minéraux, il nous invite à découvrir son regard sur la joaillerie, ses inspirations et les œuvres qui ont marqué son parcours
Thierry, quelle est votre pierre préférée ?
« Sans hésitation, l’opale. C’est une pierre qui me fascine et que j’utilise aussi souvent que possible dans mes créations. J’aime ses couleurs en mouvement, sa manière de changer selon la lumière et le regard. Elle possède quelque chose de vivant. C’est une pierre d’une beauté incroyable. »

Bijou orné d’opales © Esprit Joaillerie
Quel est le bijou qui vous fait rêver ?
« Sans hésitation, la bague 5e Avenue de Jean Vendome. C’est une icône et elle est très célèbre. Elle a été pensée et réalisée après un voyage aux États-Unis. C’est un voyage qui a inspiré une forme. »
Le bijou qui vous représente le mieux ?
« Certainement le bijou en acier rouillé. C’est aussi ce qui me différencie de mon père. À la place Vendôme, on m’appelle d’ailleurs le Ferrailleur ! »
Un joaillier que vous admirez ?
« René Lalique car c’est un joaillier qui a innové. C’est un précurseur. »
Qu’aimez-vous dans votre métier ?
« La liberté de pouvoir imaginer et réaliser, de mes propres mains, toutes les étapes de la création d’un bijou. Une idée naît, puis il faut la faire sortir, la rendre visible et lui donner une forme. Seul un créateur de bijoux peut faire jaillir une idée et la mener jusqu’à sa réalisation. Il faut aussi la créer assez vite. Si l’on attend trop longtemps, elle risque de perdre une partie de sa force. »
Qu’est-ce qui vous a conduit vers cette profession ?
« J’ai ressenti très tôt la passion de mon père pour son métier. Elle était toujours présente. Je dirais que mon parcours est né de cette transmission et de la chance d’avoir pu apprendre en famille. »
Un livre que vous n’avez pas oublié ?
« Surement Conte de la pensée dernière d’Edgar Hilsenrath.
C’est une lecture douce comme une plume, pleine de poésie, qui traite pourtant du génocide des Arméniens. Ce contraste est étonnant. »

Bague Lanière de Thierry Vendome Améthyste, Or
Quelle exposition vous a particulièrement marqué ?
« Les expositions consacrées aux “50 ans de Jean Vendome”, au Muséum national d’Histoire naturelle, puis à Lyon.
Je me suis occupé de leur scénographie. Je me souviens notamment de l’impressionnante chambre forte dans laquelle les bijoux étaient installés. Pour des raisons de sécurité, j’y travaillais seul, notamment pour la mise en place des pièces.
Je pense également au Salon des artistes décorateurs, au Grand Palais. En 1971 ou 1972, j’avais huit ans et mon père y exposait ses créations. Le dimanche, je l’accompagnais. J’avais l’impression d’être sur la Lune, dans l’espace, dans le futur ! Tout me paraissait incroyablement futuriste. Je me souviens des œuvres de Vasarely et des bijoux exposés dans des bulles transparentes.
Tous les créateurs de cette époque m’ont marqué : H. Gargat, J.-C. Champagnat, Costanza, Jean Dinh Van… »
Votre oeuvre d’art favorite ?
« Les sculptures de Jean Suzanne et les peintures de Jiménez-Balaguer.
Je me sens dans la lignée de ces artistes. »

Collier de Thierry Vendome Tourmalines, Diamants, Or. © Esprit Joaillerie
Un lieu qui vous inspire ?
« La Normandie. C’est une région que j’apprécie beaucoup et j’y possède une maison sur la plage. Mais je pense aussi au désert du Sahara. Finalement, ce sont tous les lieux qui révèlent la puissance de la nature qui m’inspirent. »
Quelle musique écoutez-vous ?
« Nanor, de Parsègh Ganatchian. Je l’ai beaucoup écoutée avec ma mère et cette musique reste très présente pour moi.
Dans un autre registre, j’aime également les grandes voix de la chanson française des années 1970 : Anne Sylvestre, Marie Laforêt, Véronique Sanson… »
Qu’aimeriez-vous encore réaliser ?
« Une épée d’Académicien. J’aimerais connaître la personne à qui elle serait destinée afin de créer une œuvre qui lui ressemble et ne pas la décevoir. L’épée est un objet ancien, mais elle doit être réinventée dans le style de notre époque, avec une écriture moderne et contemporaine. Il faudrait y faire figurer tous les symboles liés à l’Académicien. »

Bague Yerevan de Thierry Vendome Tourmalines, Diamants. © Esprit Joaillerie
À travers ses réponses, Thierry Vendome dessine le portrait d’un créateur pour qui le bijou ne se limite jamais à l’ornement. Il devient une idée en mouvement, une mémoire transformée par la main, une rencontre entre la matière et l’imaginaire.
Des opales aux paysages normands, de l’acier rouillé aux souvenirs du Grand Palais, son univers se construit par intuitions, souvenirs et résonances. Une manière personnelle de faire dialoguer la joaillerie avec l’art, le temps et la puissance du monde naturel.
Un grand merci à Thierry Vendome pour le temps qu’il nous a accordé, pour son écoute et pour la sensibilité qui traverse son œuvre.
Thierry Vendome
39 rue François Miron 75004 Paris













