Il y a des textures que l’on reconnaît les yeux fermés, du bout des doigts. Chez Buccellati, maison milanaise fondée en 1919, le métal ne se contente pas de briller. Il se travaille comme une étoffe, se ciselle comme une dentelle, se plie jusqu’à oublier sa dureté. Deux collections en offrent aujourd’hui une lecture singulière. Muse fait passer le célèbre motif Caviar de la sobriété du métal à l’éclat des pierres de couleur. Torsadé reprend la spirale, ce geste ancien de l’ornement, pour la faire onduler sur le corps. L’une procède par le point, l’autre par la ligne. Toutes deux disent la même philosophie.


Muse : le grain Caviar entre dans la couleur
Le Caviar est une signature de la maison depuis des générations. Ce mailletis de minuscules sphères donne au métal la souplesse d’un tissu et joue avec la lumière sans jamais quitter les tons de l’or ou de l’argent. Né dans l’argenterie, il trouve avec Muse un nouveau terrain : le corps, le poignet, l’oreille, la main. Andrea Buccellati, Président d’honneur et Directeur de la création, le fait passer à la couleur.
Le nom de la collection renvoie à une pièce d’archive, le Cratère des Muses, créé en 1981 et conservé par la fondation qui porte le nom de la famille. Un clin d’œil discret à l’inspiration comme moteur, davantage qu’à une figure précise.

Rubis, saphirs, tsavorites : la couleur comme respiration
Ce qui frappe d’abord, c’est le rythme des teintes. Le rouge profond du rubis, le bleu du saphir, le vert vif de la tsavorite se répondent sans se confondre, comme une partition où chaque note garde son timbre. Pendentifs, bracelets, boucles d’oreilles, boutons de manchette et bague composent une collection où la couleur ne décore pas le motif : elle le réinterprète.
Le sertissage, minutieux, donne à chaque pierre l’allure d’un grain isolé au sein d’une texture plus vaste. De près, on songe à la surface d’un caviar dont les perles changeraient de teinte selon l’angle du regard. Un exercice d’orfèvre, qui exige une précision absolue, pierre après pierre.


Du point à la ligne : la même pensée de la matière
Que se passe-t-il lorsque le grain, répété à l’infini, cesse d’être un point pour devenir un mouvement ?
Il s’enroule. Le Caviar et la torsade appartiennent à la même famille de gestes : ceux qui arrachent le métal à sa rigidité. Le premier y parvient par la multiplication, le second par la rotation. Dans les deux cas, l’orfèvre ne cherche pas à dompter l’or, mais à lui enseigner la fluidité. C’est cette idée, plus qu’un simple motif, que la maison transmet de génération en génération.

Torsadé : l’ode à l’élégance dynamique
Torsadé réinterprète avec maestria le motif en spirale, ce décor en corde torsadée qui orne l’art et l’architecture depuis des siècles, et dont la grâce évoque l’élégance intemporelle des colonnes torses. Sa généalogie se confond avec celle de la maison.
Trois générations, une même spirale
Tout commence dans les années 1920, quand Mario Buccellati, fondateur de la maison, explore la forme torsadée dans ses créations en argent. Une page du livre des ventes, consacrée à un service à thé et à café « torchon », en conserve la trace. Dans les années 1950, il transpose ce motif à la joaillerie, comme en témoigne un collier toujours conservé dans les archives.
Vient ensuite Gianmaria Buccellati, nourri de l’exubérance du baroque, qui signe la première véritable création Torsadé en joaillerie. Dès les années 1970, il affirme le motif par de francs contrastes de couleurs. Or jaune et or blanc, parfois un trio d’or jaune, blanc et rose. Il y emploie deux techniques de gravure : le rigato, réputé pour sa texture soyeuse obtenue par de fines lignes parallèles gravées à la main. Et le graffito, qui, associé à de délicates rangées de diamants, offre un éclat spectaculaire et exalte la brillance de l’or.
Andrea Buccellati prolonge aujourd’hui cet héritage. Il délaisse le graffito pour associer la finition rigato de l’or à des bandes courbes entièrement serties de diamants. Cette lecture contemporaine accentue la brillance du motif sinueux et rappelle qu’il traverse trois générations d’une même vision créative.
Un mouvement invisible
La collection se décline en or jaune, en or blanc et en subtils mariages des deux, à travers bagues, boucles d’oreilles, bracelets et colliers où le métal précieux s’enroule dans des spirales harmonieuses. Sous la simplicité apparente de ces formes géométriques, colliers et bracelets dissimulent un système de maillage interne invisible. Chaque élément se meut indépendamment, de sorte que le bijou suit les moindres mouvements du corps avec une grâce naturelle.
Cette évolution s’enrichit de nouvelles bagues et boucles d’oreilles entièrement serties de diamants. Ainsi que de bracelets et colliers désormais proposés en tailles moyenne et grande, eux aussi sertis de diamants. Ces pièces renforcent le volume et l’éclat de chaque création, pour une collection adaptée à un plus large éventail d’occasions.
Andrea Buccellati résume l’intention : explorer la beauté du mouvement et de la forme. Faire de chaque bijou une ode à la fluidité et à la légèreté. Sans renoncer à la force et au raffinement qui définissent la maison, pour une femme moderne sensible à l’élégance discrète mais distinctive.


Porter une archive, prolonger un geste
Muse et Torsadé dépassent la question du bijou isolé : elles proposent une manière de porter une archive. Un bracelet du soir, une bague de tous les jours, des boucles d’oreilles qui accompagnent aussi bien un dîner qu’une journée de travail. Chaque pièce condense un savoir-faire ancien tout en s’inscrivant dans les usages d’aujourd’hui. Les formes des collections s’inspirent des dessins d’archives et des toutes premières créations de Mario Buccellati. Les techniques, à l’image de la gravure à la main, remontent aux traditions de la bottega italienne de la Renaissance.
C’est là, sans doute, la leçon de la maison, aujourd’hui détenue à 100 % par Richemont mais toujours habitée par la famille : un motif patrimonial peut se réinventer sans reniement, à condition de savoir où puiser. Le grain devient couleur, la spirale devient mouvement, et l’or, toujours, redevient étoffe.