Que demande-t-on vraiment à un bijou ? De la beauté, évidemment. Mais parfois aussi du courage, un souvenir, une présence. La collection Santos y Cielos de Colette Jewelry, véritable bijou amulette, répond à cette attente discrète avec des médailles émaillées, des saints et des talismans qui se portent près du cœur, comme on garde un secret.


Santos y Cielos : une collection née d’un deuil
Franco-mexicaine installée à Los Angeles, gemmologue de formation, Colette Steckel a fondé sa maison en 1995. Santos y Cielos, ( les saints et les cieux ), est sans doute sa collection la plus intime. Elle la développe depuis la disparition de son père, en décembre 2017, et la fait naître des médaillons qu’elle lui avait offerts pour lui porter chance et le protéger.
Lancée au printemps 2020, en pleine incertitude mondiale, la collection a trouvé un écho immédiat. On y devine l’ombre des églises baroques d’Espagne, du Portugal et d’Amérique centrale, là où la crainte pousse à chercher une protection d’en haut.
Rien de décoratif, donc, dans son origine. Le bijou est ici un geste d’amour, une façon de veiller sur quelqu’un que l’on ne peut pas accompagner partout.


L’émail de Limoges et les trésors de brocante : l’art du détail
Sur le plan artisanal, Santos y Cielos séduit par son érudition tranquille. Plusieurs pièces portent des médailles où figurent la Vierge, des putti et le Christ, peints à la main sur porcelaine selon la technique de l’émail de Limoges. La créatrice dit s’inspirer pour ces miniatures de la peinture de la Renaissance. Chaque médaille est cuite au four à 800 degrés. Puis sertie dans un cadre d’or jaune 18 carats, relevé de diamants, de saphirs ou d’autres pierres.
L’autre fil conducteur de la collection est le goût de la chine. Médailles, breloques et chaînes de montre ont été dénichées dans les marchés d’antiquités de Paris et de Londres, puis mariées à des éléments contemporains. Un ex-voto du XIXᵉ siècle voisine avec un diamant, une chaîne de gilet se pare d’une Madone en émail.
Le répertoire est celui de la dévotion populaire : Vierge, Enfant Jésus, angelots, et jusqu’à Padre Pio. Y répondent des talismans plus universels, comme le cœur, le poing de protection ou l’œil contre le mauvais sort.


Le bijou talisman : une très vieille histoire
Le mot « amulette » nous vient du latin amuletum, que l’on croise déjà chez Pline l’Ancien. Les enfants de la Rome antique portaient autour du cou la bulla, capsule d’or censée écarter les périls. Les pharaons s’entouraient de scarabées et d’yeux d’Horus, les voyageurs médiévaux de reliquaires. Et la France du XIXᵉ siècle a vu naître, rue du Bac, à Paris, la Médaille miraculeuse, portée par des millions de fidèles.
Colette Jewelry s’inscrit dans cette généalogie sans pastiche. Chaque époque a eu ses amulettes, et aucune n’a jamais cessé d’en avoir besoin. À l’ère de la vitesse et de l’incertitude, le besoin de petits objets rassurants n’a rien d’une superstition naïve : c’est une façon de rester debout.


Que protège un bijou protecteur ? Réflexion sur sa raison d’être
Que protège un bijou, au fond ? Rarement le corps. Presque toujours quelque chose d’invisible : une mémoire, une promesse, une fragilité. Le psychanalyste Donald Winnicott parlait d’« objet transitionnel » pour désigner ce que l’enfant serre contre lui afin d’affronter l’absence. L’amulette en est la version adulte, discrète et précieuse. Elle ne conjure pas le destin, elle donne le courage de lui faire face.
La créatrice le formule à sa manière : le bijou peut agir comme une armure qui éloigne le danger, et chacun peut se constituer un assortiment de talismans à tenir près du cœur pour affronter ses journées. Cette armure n’a rien de guerrier, elle est faite d’or fin, d’émail et de sentiment.
On touche là à une conviction qui irrigue toute la démarche de la maison : un bijou ne devrait pas exister pour décorer. Il doit dire quelque chose de celle ou de celui qui le porte, un souvenir, une émotion, une part de son histoire. La création naît d’une intuition, parfois une pierre remarquable, parfois une forme, un symbole ou une image tenace, que l’on suit jusqu’à ce qu’elle prenne corps, en laissant la matière et l’idée se trouver d’elles-mêmes. On reconnaît alors une pièce à ce qu’elle fait ressentir, plus qu’à ce qu’elle montre. Elle a du caractère, et surtout une raison d’être.
Santos y Cielos en est la démonstration la plus limpide : chaque médaille répond à un besoin précis, protéger, consoler, se souvenir.
Une joaillerie d’auteur, un luxe de sens
Les pièces sont souvent uniques. Certains colliers, ornés de médaillons peints entourés de diamants, de saphirs, de rubis et de tsavorites, sont des exemplaires singuliers. Le soin du détail, la rareté des éléments anciens et la main de l’artiste placent la collection du côté de la joaillerie d’auteur.
Son vrai luxe est pourtant ailleurs : dans sa capacité à transformer un objet en compagnon. La presse internationale s’en est emparée, et Rihanna a été vue avec une chevalière de la collection lors d’un tournage pour Vogue. Le talisman, décidément, a ses adeptes.
Un bijou ne nous protège peut-être pas du monde. Il nous rappelle pourtant que quelqu’un, un jour, a pensé à nous défendre.