Certaines pierres traversent les décennies sans faire de bruit, à l’abri d’un coffre ou d’un écrin de famille.
The Bulgari Pink est de celles-là. Pendant plus de soixante-dix ans, ce diamant rose de 24 carats est resté entre les mêmes mains, celles d’une famille noble européenne. Il se présente aujourd’hui pour la première fois aux enchères, à Genève, lors de l’Autumn Luxury Week de Christie’s.
Un diamant rose Fancy Intense Pink, une teinte rare
Chez les diamants, la couleur relève de la nuance et du hasard géologique. Soulignons que le rose y figure parmi les expressions rares. Il ne doit rien à un élément chimique venu teinter la pierre. On l’attribue à une déformation de la structure cristalline, survenue dans les profondeurs de la Terre. Le résultat échappe à toute reproduction et se décline en teintes qui vont du pétale pâle à la framboise soutenue.
Celui-ci porte la mention Fancy Intense Pink. Cette mention, que les gemmologues guettent, désigne un rose affirmé, franc, sans la moindre tiédeur. À 24 carats, le rose ne se contente pas d’effleurer la pierre. Il l’habite de part en part, avec la densité d’un velours.
Une taille émeraude pour laisser parler la lumière
Le diamant a reçu une taille émeraude, un rectangle aux angles coupés dont les facettes s’étagent comme les marches d’un escalier. Ce dessin sobre ne cherche pas l’éclat tapageur. Il ouvre une fenêtre sur l’intérieur du cristal et laisse la teinte se déployer en larges nappes. Pour un diamant rose de cette taille, la retenue s’impose : rien ne détourne le regard de la matière elle-même.

La pierre relève par ailleurs du Type IIa. Une catégorie qui regroupe moins de 2 % des diamants de qualité gemme. Limpides, ces diamants fascinent les connaisseurs depuis longtemps. Christie’s rapproche d’ailleurs la finesse de sa nuance et la noblesse de ses proportions de celles des grandes pierres historiques. Notamment celles venues des mines légendaires de Golconde.
De l’Inde à la Via Condotti : l’histoire du Bulgari Pink
Son parcours se lit presque comme un roman. Selon la tradition familiale, le diamant brut fut acquis en Inde dans les années 1950 par l’arrière-grand-père de l’actuel propriétaire. Il fut ensuite confié à Bvlgari, qui en fit la bague que l’on découvre aujourd’hui.

La maison romaine s’imposait. À cette époque, Rome vit sa dolce vita. Les studios de Cinecittà accueillent les grandes productions américaines, et la ville se pare du surnom de « Hollywood sur le Tibre ». La boutique de la Via Condotti devient un lieu de rendez-vous où l’on croise Elizabeth Taylor et Richard Burton, Audrey Hepburn et Mel Ferrer. C’est dans cette atmosphère que le joaillier donne sa forme définitive au diamant rose.
Un écho au diamant Condé de Chantilly
Devant ce rose, les amateurs d’histoire penseront peut-être à une autre pierre, gardée à une quarantaine de kilomètres de Paris, au château de Chantilly : le diamant Condé, un rose pâle de neuf carats que le musée conserve précieusement. Rien ne rapproche les deux joyaux par le poids ni par l’époque. Mais ils partagent le même tempérament, celui d’une teinte douce qui préfère la nuance à l’effet.
Voir The Bulgari Pink à Genève : dates et lieu
The Bulgari Pink sera proposé le 10 novembre 2026 lors de la vente Magnificent Jewels de Christie’s, à l’hôtel Four Seasons des Bergues, à Genève. Le public pourra le voir de près du 5 au 10 novembre. L’occasion de se tenir à quelques centimètres d’un diamant rose de cette envergure. Et de constater que la photographie, aussi soignée soit-elle, ne rend qu’une partie de ce que la pierre donne à voir.