Il faut du temps pour faire naître une pièce en laque. La matière se prépare, se dépose en couches successives, sèche, se ponce, puis se polit. Le geste est répété, presque silencieux, jusqu’à ce que la surface révèle sa profondeur, ses nuances et cette lumière particulière qui appartient à la laque.
C’est précisément cette relation au temps que Hanoia place au cœur de sa présentation parisienne, sous le titre Layers of Time. La Maison fondée à Hanoï présente des objets décoratifs, des bijoux et des créations signatures qui proposent un autre regard sur la laque vietnamienne. Loin d’une approche patrimoniale figée, celle-ci devient une matière de création, capable de dialoguer avec le design, l’art et les usages contemporains.


Layers of Time : quand la matière raconte le temps
Le choix du titre n’est pas anodin. Layers of Time évoque à la fois la construction physique de la laque et la patience nécessaire à son élaboration. Préparation, application, séchage, ponçage, polissage : chaque étape participe à l’apparition de la forme finale.
Cette succession de gestes donne à la matière une profondeur particulière. La couleur se construit, la surface évolue, la lumière se déplace. Chez Hanoia, cette technique devient également un espace d’expérimentation autour de la couleur, de la forme, de la texture et de la lumière.
La laque n’est donc plus seulement envisagée comme une finition. Elle devient un langage à part entière. Capable de donner naissance à des objets destinés aux intérieurs d’aujourd’hui et à des créations qui se situent à la rencontre de l’objet d’art, du design et de l’artisanat.


Hanoï, une origine devenue territoire de création
L’histoire de Hanoia commence à Hanoï, où la connaissance de la laque constitue le socle de son savoir-faire. La Maison s’appuie sur cette transmission pour développer une approche ouverte aux collaborations et aux échanges internationaux.
Son propre studio réunit ainsi des designers français et asiatiques, tandis que Hanoia travaille avec des créateurs au Vietnam et ailleurs dans le monde. Parmi eux figurent Pierre Charrié, Samuel Accoceberry, Couli Jobert, Ly Bui, Camelia Pham et Marie-Aurore Stiker-Métral.
Cette ouverture se traduit également par des projets avec des maisons et des artistes issus d’univers différents. Hanoia a notamment imaginé une collection en édition limitée avec Maison Kitsuné à l’occasion du Nouvel An lunaire. Développé des créations pour des éditions spéciales de Chopard au Vietnam. Et travaillé avec Devialet autour de la Phantom Ultimate 108 dB x Hanoia, dont l’habillage fait entrer la laque dans l’univers de la technologie et du design sonore.
La Maison collabore par ailleurs avec des artistes invités tels que Trần Nữ Yên Khê, Gilles Jonemann et Guillaume Delvigne. Autant de rencontres qui déplacent progressivement les frontières de la laque vers d’autres objets, d’autres usages et d’autres disciplines.


De l’héritage au geste contemporain
À travers cette démarche, Hanoï apparaît moins comme un simple lieu d’origine que comme un territoire où patrimoine et création contemporaine peuvent coexister. La ville porte une culture de la matière, du geste et de la transmission dont Hanoia revendique l’héritage, tout en cherchant à en prolonger les possibilités.
Paris constitue, à cet égard, un terrain naturel pour cette rencontre. La capitale entretient depuis longtemps une relation étroite avec les métiers d’art, le design et les savoir-faire venus d’ailleurs. En y présentant son univers, Hanoia ne cherche pas seulement à montrer la laque vietnamienne : elle en propose une lecture actuelle, ouverte aux collaborations et aux sensibilités contemporaines.
Comme le résume Christian de Ruty, CEO de Hanoia, la Maison souhaite présenter à Paris la laque « non pas comme une tradition figée, mais comme un langage contemporain de la couleur, de la forme, du toucher et du temps ».


Préserver le geste pour imaginer demain
Cette réflexion sur le temps rejoint enfin une autre dimension du travail de Hanoia : la transmission. Préserver les gestes et les connaissances associés à la laque participe à une réflexion plus large autour de la durabilité et de la capacité des métiers d’art à traverser les générations.
Entre Hanoï et Paris, Layers of Time raconte ainsi une histoire de matière autant qu’une histoire de transmission. Une manière de rappeler que les savoir-faire ne sont jamais immobiles : ils se prolongent, se confrontent à de nouveaux usages et trouvent, avec chaque génération de créateurs, d’autres façons de parler au présent.