À l’occasion de la Paris Design Week, la maison milanaise orchestre Aquae Mirabiles, une installation où l’aquarelle rencontre l’orfèvrerie pour raconter l’histoire de sa collection Silver Caviar.
Il suffit de quelques pas pour basculer dans un autre temps. C’est tout l’enjeu d’Aquae Mirabiles, mini installation immersive pensée par Federica Sala et mise en scène par Balich Wonder Studio, qui convoque le trait délicat de l’illustrateur britannique Luke Edward Hall pour donner corps à un motif que Buccellati façonne depuis des générations : la microsphère, signature discrète de la maison italienne.
Deux espaces, un siècle d’imaginaire
Le parcours se déploie en deux temps. Dans chacun d’eux, les aquarelles de Hall composent un décor où se superposent les strates de l’histoire italienne, des tables patriciennes de la Rome antique aux fastes lombards de la Renaissance. On y croise des figures allégoriques qui empruntent aussi bien aux recueils de cuisine des cours papales qu’aux toiles conservées à la Pinacothèque de Brera. Une évocation retient particulièrement l’attention : celle du banquet imaginé par Léonard de Vinci pour les noces de Ludovic le Maure et Béatrice d’Este, épisode fondateur de la légende milanaise que Hall restitue avec une économie de traits qui laisse toute sa place à la rêverie.
Ce choix narratif dit quelque chose de la manière dont Buccellati conçoit ses collections d’art de la table : non comme de simples objets fonctionnels, mais comme des relais de mémoire, chargés de récits qui dépassent leur usage.
Le caviar comme texture, la sphère comme langage
La collection Caviar compte parmi les expressions les plus identifiables du vocabulaire formel de Buccellati. Sa surface d’argent, tramée d’une constellation dense de microsphères façonnées à la main, restitue par le toucher autant que par le regard la texture même du caviar. Une équivalence sensorielle devenue, au fil du temps, l’une des signatures de la maison.
Ce motif sphérique n’a rien d’un ajout récent. Il traverse depuis longtemps aussi bien la joaillerie que l’orfèvrerie de Buccellati, formant l’un de ses éléments distinctifs les plus constants. Andrea Buccellati le réinterprète ici en respectant un principe qui n’a jamais varié dans la maison. Chaque création naît d’un dessin original, tracé par le créateur lui-même, avant toute mise en forme. De cette esquisse naît ensuite une délicate « couronne » de microsphères d’argent, geste artisanal qui donne au motif signature de la collection Caviar sa forme définitive et se retrouve, décliné, sur chacune des pièces.
Un héritage incarné par le Cratere delle Muse
Ce langage trouve l’une de ses expressions les plus abouties dans le Cratere delle Muse. Réalisé en 1981 par Gianmaria Buccellati l’une des œuvres majeures de son parcours créatif. Conçue pour la collection Oggetti Preziosi, pensée comme un dialogue avec les grands maîtres orfèvres du passé, cette coupe en argent, or, jades et saphirs demeure une pièce unique. Elle appartient aujourd’hui à la Fondazione Gianmaria Buccellati et fait figure de repère incontournable dans l’histoire créative de la maison.

Le caviar, prétexte à un art de vivre
De cet héritage, Buccellati tire aujourd’hui une gamme complète dédiée à la table. Couverts, plateaux, bols, assiettes, seaux à glace, services à caviar, verrerie de Murano et flûtes composent un ensemble cohérent, présenté pour la première fois à Paris à l’occasion de la Design Week. Le choix du lieu n’est pas anodin. Paris demeure, pour les maisons joaillières italiennes, une scène où affirmer leur rapport au design autant qu’à la matière précieuse.
On referme cette parenthèse parisienne avec l’impression que Buccellati n’a pas simplement présenté de nouveaux objets, mais réaffirmé une manière de penser la table. Comme un espace où l’orfèvrerie continue de converser avec le dessin, l’histoire, et désormais l’aquarelle d’un illustrateur contemporain.