Il y a des motifs qui changent de nature selon le support. Le bracelet de la Royal Oak, avec ses maillons en chute et ses plots, appartenait jusqu’ici à l’horlogerie. Audemars Piguet le confie désormais à la joaillerie. La collection Royal Oak Joaillerie, développée par la Manufacture et co-designée par Nathalie Barzilay prend cette géométrie au pied de la lettre. Colliers, manchettes et boucles d’oreilles reprennent l’architecture du bracelet et la recouvrent de gemmes.

© Audemars Piguet
Un bracelet de montre devenu motif joaillier
Pour comprendre le geste, il faut remonter à 1972. Gérald Genta dessine alors une montre en acier à lunette octogonale vissée, dont le bracelet est intégré à la boîte. Quatre ans plus tard, Jacqueline Dimier, première créatrice interne de la Manufacture, en propose une lecture féminine, aux proportions affinées. Dans les années 1990, Emmanuel Gueit, qui travaille alors en tandem avec elle, prolonge le vocabulaire avec la Royal Oak Offshore et une ligne de bijoux.
Le satinage et les chanfreins polis, travaillés à la main, faisaient déjà jouer la lumière comme les facettes d’un diamant. La collection assume cette parenté. Le fermoir octogonal, repris sur chaque pièce dans le métal de son support (titane noirci, titane bleu, or gris, rose ou jaune), en est la signature.

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Risoud Eclipse : la forêt sous un ciel assombri
La vallée de Joux, dans le Jura suisse, sert de fil conducteur. Risoud Eclipse s’inspire de la forêt du Risoud et de l’observation des astres, pour laquelle la vallée est réputée. Le collier et sa manchette associent maillons et plots en titane noir traité PVD à des émeraudes cabochon taille pain de sucre, serties de diamants taille brillant.
Les chiffres donnent la mesure des pièces. Cinq émeraudes pour plus de 16 carats sur le collier, trois pour environ 12 carats sur la manchette. La taille Pain de Sucre, poli plutôt que facetté, renvoie une couleur profonde plutôt que des éclats. Sur le fond sombre du titane, il tient lieu d’astre. L’alternance satiné et de chanfreins polis relance ensuite la lumière autour de chaque pierre.

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Dream of Joux : lacs gelés, ciels nocturnes, motifs floraux
Dream of Joux relève d’un autre registre, celui de la couleur et du sertissage. La ligne réunit des manchettes uniques en or gris, jaune et rose qui jouent des bleus profonds, des verts vifs, des roses et des teintes solaires. Les pierres vont du diamant au saphir, de la spessartite à la tourmaline, de l’améthyste à la tsavorite et à la topaze.
Le collier cravate en titane bleu et or gris, et ses boucles d’oreilles pendantes, évoquent un paysage hivernal. Ils associent des cascades de diamants taille poire (plus de 70 carats cumulés sur le collier) à des maillons entièrement recouverts de 1 670 saphirs bleus sertis neige, de diamètres variés. Les boucles d’oreilles existent aussi en or rose, avec tsavorites et topazes, ou avec saphirs roses, tourmalines, améthystes et tanzanites. Les créations de Haute Joaillerie Dream of Joux et Risoud Eclipse sont réalisées sur commande, en exemplaire unique.

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Frosted Gold : la poussière de diamants
Troisième chapitre, plus discret : des colliers ras-de-cou et des manchettes en or Frosted Gold, rose, gris et jaune. Cette finition vient d’une technique florentine ancienne. Elle fut développée en 2016 avec la designer joaillière Carolina Bucci, pour les 40 ans de la Royal Oak pour femmes. Le métal est martelé délicatement à l’aide d’un outil à pointe de diamant, ce qui lui donne un aspect de poussière scintillante. Les plots polis miroir et les chanfreins en font ressortir le grain. Le descriptif ne mentionne aucune pierre : la lumière vient de la seule matière.
Une histoire de joaillerie qui précède la collection
La Manufacture ne découvre pas le sujet. Dès le XIXe siècle, elle travaille avec des joailliers prestigieux. Dont Tiffany, Cartier, Oscar Heyman et Bvlgari, pour des montres pendentifs, des broches et des bagues. La montre « Tutti Frutti », vendue en 1929, en conserve la trace, avec ses diamants, émeraudes, rubis et saphirs posés par Egouvillon Lafon & Cie, à Paris. Dans les années 1980, l’engouement pour les montres à bracelet soudé pousse Audemars Piguet à ouvrir son propre atelier de joaillerie. La montre-bracelet manchette Baroque, pièce unique en or rose pavée de diamants et de saphirs, date de 2000. Une collection de montres de Haute Joaillerie suit en 2013, avec des créations comme la Diamond Trilogy ou la Sapphire Orbe.
Pour Ilaria Resta, directrice générale, la collection fait le lien entre passé et futur et prolonge une exploration de la joaillerie menée en parallèle de l’horlogerie, afin de renouveler les codes de la maison.