Bahreïn royaume de la perle fine, une plongée dans le livre des éditions Assouline.

Il est des territoires dont la mémoire affleure à la surface des choses. À Bahreïn, elle repose au creux d’une huître. Lorsque le voyageur vénitien Gasparo Balbi notait en 1590 que « les plus belles perles se trouvent sur l’île de Bahreïn », il consignait une évidence déjà ancienne. Bien avant les routes maritimes modernes, les bancs perliers du golfe Arabique irriguaient les échanges et façonnaient une économie insulaire dont l’éclat ne devait rien au hasard.
Le livre Bahrain Pearls, publié aux Éditions Assouline, s’inscrit dans cette profondeur historique. L’ouvrage ne se contente pas d’exalter un trésor naturel ; il en restitue la trame humaine, politique et culturelle. Des périodes de Dilmun et de Tylos ( noms antiques de l’archipel, alors carrefour commercial entre Mésopotamie et vallée de l’Indus ) jusqu’à l’époque contemporaine, il suit le fil d’une activité qui fit battre le cœur du royaume pendant des siècles.
La pêche perlière, attestée dès le IIIe millénaire avant notre ère, a structuré la société bahreïnienne. Elle a imposé ses rythmes, ses hiérarchies, ses savoir-faire. À Muharraq, ancienne capitale, les maisons de marchands et les cours intérieures témoignent encore de cette prospérité maritime. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO sous l’intitulé « Pearling, Testimony of an Island Economy », le site conserve la mémoire d’un commerce qui reliait l’île aux grands marchés de Bombay, de Paris ou d’Istanbul.
Ce passé n’appartient pas seulement aux archives. Dans un monde où les gemmes de synthèse occupent une place croissante, Bahreïn maintient une position singulière : le royaume n’autorise ni la culture ni l’importation de perles cultivées. Les huîtres sont récoltées dans des zones protégées, et les perles naturelles continuent d’alimenter un artisanat transmis au sein de familles attachées à la précision du geste et à la connaissance des fonds marins. Cette continuité donne au bijou une densité particulière : il ne s’agit pas seulement d’ornement, mais d’un fragment d’écosystème et d’histoire.
Dans ce contexte, Bahrain Pearls déploie une narration ample, servie par une iconographie qui alterne vues d’archives, portraits d’artisans et pièces joaillières anciennes ou contemporaines. L’ouvrage met en lumière la manière dont la perle a façonné une esthétique locale, faite d’équilibre et de mesure, tout en dialoguant avec les goûts internationaux. On y perçoit l’évolution des montures, l’influence des échanges commerciaux, la permanence d’une préférence pour la perle naturelle aux reflets doux.
L’auteure, Carol Woolton, connaît intimement ces territoires où se croisent histoire de l’art et histoire économique. Son travail s’attache depuis plusieurs années à replacer le bijou dans une perspective culturelle élargie, attentive aux contextes de création comme aux récits qu’il véhicule.
Bahrain Pearls s’adresse autant aux amateurs de gemmes qu’aux lecteurs sensibles aux civilisations maritimes. Il rappelle que certaines matières, par leur simple présence, portent en elles une géographie, une économie et une mémoire collective. À Bahreïn, la perle demeure ainsi moins un objet de convoitise qu’un signe d’appartenance, l’éclat discret d’une histoire partagée entre la mer et la terre.
