Une robe exposée en vitrine a d’abord été un croquis, un patron, une toile ajustée sur mannequin, avant de devenir une pièce de collection. Look ! remonte ce fil, de l’atelier de couture jusqu’aux réserves du musée, au 107 rue de Rivoli. Elle marque l’anniversaire d’une décision prise en 1986. Celle d’installer un musée des Arts de la Mode dans les murs du palais du Louvre. Bénédicte Gady, directrice des musées, en assure le commissariat général. Et Sophie Lemahieu, conservatrice des collections de mode contemporaine, le commissariat scientifique. Invité au vernissage, Esprit Joaillerie l’a parcourue avec un œil formé à l’expertise des objets précieux, sensible aux gestes, aux matières et à leur conservation.

Un vestiaire à travers les siècles
Le propos tient en une idée : un vêtement vit deux fois. La première fois dans l’atelier et sur le podium, la seconde lorsqu’il entre dans les collections nationales. Le parcours réunit 57 silhouettes, des dessins, des broderies, des patrons, des archives et des photographies.
Il s’étend de la robe à paniers du XVIIIe siècle au kimono de John Galliano.
Entre ces deux jalons, les registres se succèdent. La robe bustier en organdi de Jean Dessès, vers 1950-1955. La robe brodée de Chanel par Karl Lagerfeld (haute couture, printemps-été 1996). Les fleurs de taffetas peint de Schiaparelli par Daniel Roseberry (automne-hiver 2021-2022). La robe de Mireille Darc dans Le Grand Blond avec une chaussure noire. La nef rassemble 40 silhouettes signées Maison Margiela, Maison Balenciaga, Christian Lacroix, Valentino ou Azzedine Alaïa. Chacune renvoie à une exposition marquante du musée, parmi près de 80 consacrées à la mode depuis 1986.

Cape robe en organza de soie, crêpeline de soie, crêpe de soie et satin de soie
Paris, haute couture
Automne-hiver 2007-2008
© Les Arts Décoratifs /
Jean Tholance

Escarpin en satin brodé
de paillettes et perles
1963
© Les Arts Décoratifs /
Jean Tholance

par Daniel Roseberry —
Robe courte en crêpe
de laine et satin duchesse,
fleurs en taffetas peint
et brodé
Collection Matador couture
Paris, haute couture
automne‑hiver 2021-2022
© Les Arts Décoratifs /
Christophe Dellière
De l’atelier à l’image
La première galerie, côté Tuileries, plonge dans la fabrique d’un modèle. Tables à tréteaux, toiles, patrons et moodboards montrent des méthodes contrastées. Pierre Balmain dessine, Madeleine Vionnet drape sur le mannequin, Maria Grazia Chiuri assemble des références visuelles.
Les métiers d’art occupent une place à part entière. Broderies de Rébé et de Lesage, plissés de la maison Lognon, tissus imprimés de Brossin de Méré, en écho aux techniques d’impression 3D. Deux escarpins de Roger Vivier, brodés de perles et de paillettes en 1963 et en 1968, en donnent la mesure. Pour qui pratique la joaillerie, ces échantillons parlent une langue familière. La cannetille, les jaserons, la perle posée point après point relèvent d’une même exigence que la monture ou le sertissage. La régularité du geste, la tenue de la matière dans le temps. Des photographies de mode, dont certaines prises dans les salles du musée, closent ce premier temps.

Robe bustier en organdi
de soie
Paris, haute couture
Vers 1950-1955
© Les Arts Décoratifs /
Jean Tholance
Côté Rivoli : la vie des robes après le défilé
La seconde galerie, en alcôves, ouvre les coulisses habituellement fermées au public. Elle rappelle comment les œuvres arrivent au musée. Grâce aux donateurs, aux mécènes et à l’Union française des arts du costume, dont les collections ont donné naissance au musée des Arts de la Mode. Le travail des documentalistes est remarquable. Il apparaît à travers les dossiers d’acquisition et invitations de défilés et coupures de presse. Aussi parmi les classeurs de fiches où chaque pièce a son identité.
Vient ensuite la réserve. Les robes y reposent à plat dans des boîtes, ou suspendues sur des cintres rembourrés dits « morphologiques », dont la forme épouse celle de la silhouette. Les accessoires suivent leur logique propre. La collection d’escarpins et de ballerines de Roger Vivier illustre le rangement d’une famille d’objets fragiles, protégés et retrouvés paire après paire. Ceux qui expertisent des pièces anciennes y reconnaissent un principe de leur métier. Sans documentation rigoureuse ni conditions de conservation adaptées, l’objet perd une partie de sa valeur historique. Ces réserves inspirent d’ailleurs des créateurs, Dries Van Noten en tête.
Les ateliers de restauration associent précision des gestes et analyse scientifique, jusqu’à la radiographie. Le mannequinage, étape méconnue de toute exposition, consiste à redonner forme à la pièce sans en altérer l’intégrité. Un buste présenté nu dévoile le travail de sculpture et de modelage qu’il exige. Une dernière salle réunit affiches et catalogues, et souligne le rôle du graphisme dans l’identité de ces expositions.