Articles

Véritable objet d’art, l’épée d’académicien est un bijou sur mesure, personnel et symbolique. L’épée porte les symboles représentant la vie et l’oeuvre du futur académicien. Offerte par ses amis réunis dans un comité de l’Épée, elle peut être une arme ancienne, une épée de cour ou une réalisation de joaillier qui sera remise lors d’une cérémonie privée.
Célèbre institution, l’Académie française a été fondée en 1635 par le Cardinal de Richelieu pour défendre et perfectionner la langue française. Composée de quarante membres elle rassemble des personnalités de la vie culturelle.

© Institut de France

© Institut de France

Esprit joaillerie vous propose d’apprécier quelques épées d’académiciens réalisées par de célèbres joailliers ou artisans d’art.

Le joaillier Cartier a toujours défendu l’art en ayant une vision avant-gardiste, précurseur dans de nombreux domaines, il séduit Jean Cocteau qui lui confie la réalisation de son épée.

Épée de Jean Cocteau © Cartier

Épée de Jean Cocteau
© Cartier

Réalisée en 1955 par le joaillier Cartier, l’épée de Jean cocteau, est sertie d’émeraude, rubis, diamant, ivoire, onyx, émail, or et argent. La lame est en acier.
Le profil d’Orphée dont le mythe hanta le poète forme la branche, sa lyre en ivoire ornée d’une émeraude et de deux rubis somme le pommeau. Une étoffe d’or enroulée autour de la fusée, à la manière d’une draperie sur la colonne d’un théâtre antique, évoque la tragédie. Sur le bouton du fourreau figure la signature du poète : ses initiales accompagnées du signe en étoile qu’il y joignait toujours. Ce signe se retrouve sur la garde, sous la forme d’une étoile à six branches, chacune terminée par un rubis et au centre de laquelle est placé un diamant. L’étoile se détache sur un disque d’ivoire tandis que la garde elle-même prend la forme d’un fusain évoquant son œuvre graphique. Sur le fourreau, un motif inspiré des grilles du Jardin du Palais-Royal rappelle l’endroit où habitait Jean Cocteau, tandis qu’à l’embout une main fermée sur une boule en ivoire, évoque la pierre enrobée de neige des Enfants Terribles.
La lame offerte par des amis espagnols provient d’une armurerie de Tolède.
L’émeraude de 2,84 carats a été offerte par Coco Chanel, les autres pierres précieuses par Francine Weisweiller.

Dessin de l'Épée de Jean Cocteau © Cartier

Dessin de l’Épée de Jean Cocteau
© Cartier

Épée de Jean Cocteau © Cartier

Épée de Jean Cocteau
© Cartier

La Maison Mellerio dit Mellers a également réalisé des épées d’académiciens. En voici deux parmi leurs nombreuses réalisations, celle de Monsieur Jacques Bainville datant de 1936 et celle de Monsieur Gérard Le Fur en 2002.

Épée de Monsieur Bainville 1936 © Mellerio

Épée de Monsieur Bainville
1936
© Mellerio

L’épée de Jacques Bainville reprend l’un de ses thèmes favoris, Minerve ailée comme une victoire, thème dominant des oeuvres de l’auteur, maintes fois repris sur la couverture de ses ouvrages : Histoire de France, Jaco et Lori, Napoléon, la Tasse de Saxe…
Minerve est ici appuyée sur une lance symbolique dont le fer est formé d’une fleur de lys en brillants. La sérénité l’habite, malgré les assauts de deux chimères symbolisant les ennemis de la vérité, de l’ordre, de la sagesse.
Sur la coquille, posées sur deux plumes enlacées, se détachent les initiales de l’auteur. Enfin sur la lame, figure l’inscription
« offert par les étudiants français le 7 novembre 1935 ».

Épée de Monsieur Gérard Le Fur 2002 © Mellerio

Épée de Monsieur Gérard Le Fur
2002
© Mellerio

Gérard Le Fur est docteur en pharmacie depuis 1973.  Il a étudié le rôle des neurotransmetteurs cérébraux et s’est spécialisé dans la mise au point et le développement de médicaments du système nerveux central. Gérard Le Fur a fait de nombreuses découvertes qui ont eu des applications thérapeutiques dans différents domaines.
Certaines d’entre elles sont représentées sur son épée: un tissage de vermeil, sur lequel sont incrustés des diamants et des cabochons de pierres précieuses (saphirs, rubis et émeraudes), dessine la molécule «Rimonabant », une découverte majeure.

L’artiste joaillier Jean Vendome a réalisé également des épées d’académiciens, comme celle de Lucien Israel, Maurice Schumann, Julien Green ou encore Roger Caillois.
Jean Vendome garde le souvenir « de grands hommes par leurs cultures, leur savoir, ce qu’ils ont pu réaliser pour l’humain. En même temps, ce sont des hommes simples à l’écoute de tous.
C’est ce qui fait leur valeur pour moi. »

Remise de l'épée d'académicien à Roger Caillois dans les salons des éditions Gallimard à Paris en décembre 1971 Monsieur Roger Caillois et Jean Vendome, henry-jean Schubnel, Monsieur Marcel Arland, Monsieur Miguel-Angel Asturias © Jean Vendome

Remise de l’épée d’académicien à Roger Caillois dans les salons des éditions Gallimard à Paris en décembre 1971.
Monsieur Roger Caillois et le Joaillier Jean Vendome, Monsieur Henry-Jean Schubnel, Monsieur Marcel Arland, Monsieur Miguel-Angel Asturias, Monsieur Andres Arcos et l’apprenti joaillier Joël.
© Jean Vendome

Épée de Monsieur Roger Caillois © Musée des Confluences

Épée de Monsieur Roger Caillois 
© Musée des Confluences

Épée de Monsieur Roger Caillois © Musée des Confluences

Épée de Monsieur Roger Caillois
© Musée des Confluences

Les cinq symboles souhaités par Roger Caillois sont tous représentés par des pierres pour rappeler que l’Académicien était grand amateur et collectionneur de minéraux : la Croix du Sud sur le pommeau ; la pieuvre (l’animal le plus intelligent du monde, au dire de l’Académicien) sur la garde ; la Tchécoslovaquie par la moldavite de Bohème formant le pommeau pour rappeler le pays de son épouse, Aléna ; le Brésil par le bloc de tourmaline constituant la poignée ; l’espace avec la moldavite de la collection personnelle de Roger Caillois et qui représentait, à ses yeux, « une pierre de l’espace tombée sur la terre ».

Pour la Maison Arthus Bertrand, réaliser une épée d’académicien est un symbole de prestige, réaliser une pièce unique d’art, c’est exprimer son savoir-faire. L’une des dernières épées réalisées est celle de Monsieur Pierre Laurens. « Comme à chaque fois, la conception commence par plusieurs longs entretiens avec le récipiendaire au cours desquels nous cherchons à savoir tout ce qui a compté dans sa vie et sa carrière ».
Plus de quatre mois de concertations, d’ajustements et de fabrication auront été nécessaire à cette réalisation.

Atelier Arthus Bertrand pendant la réalisation de l'épée de Monsieur Pierre Laurens © Arthus Bertrand

Atelier Arthus Bertrand pendant la réalisation de l’épée de Monsieur Pierre Laurens
© Arthus Bertrand

Pommeau de l'épée sertie d'ambre inclus d'un insecte. © Arthus Bertrand

Pommeau de l’épée sertie d’ambre inclus d’un insecte.
© Arthus Bertrand

Épée de Monsieur Pierre Laurens © Arthus Bertrand

Épée de Monsieur Pierre Laurens
© Arthus Bertrand

Chez Stéphanie Porsain et Florent Tremolosa, créateurs joaillier d’Origine Ateliers c’est un « bijou sur mesure »qu’ils ont réalisé pour Madame Dominique Bona. Elle ne souhaitait pas une épée ostentatoire mais cet objet hautement symbolique devait être simple et féminin.

« Je ne souhaitais pas que mon épée porte des symboles, confie l’académicienne. Florent a eu l’idée de jouer simplement sur le chiffre huit, qui représente l’infini. Il est aussi très féminin, car tout en rondeur. Et je suis la huitième femme, élue à l’Académie française. »

Épée de Madame Dominique Bona © Origine Ateliers

Épée de Madame Dominique Bona
© Origine Ateliers

La garde prend donc la forme d’un huit, dans la tradition des épées les plus anciennes et redoutables, une lame damassée est choisie. La poignée est habillée de galuchat gris, le pommeau serti d’un quartz rose étoilé à six branches et terminé par une discrète ligne de diamants autour de la poignée.

Épée de Madame Dominique Bona © Origine Ateliers

Épée de Madame Dominique Bona
© Origine Ateliers

En 1992, Brigitte Péry et son frère Didier ont réalisé une épée d’immortel, celle de Pierre Cardin, premier couturier reçu à l’Académie des beaux-arts.

Brigitte Péry, Pierre Cardin, Didier Péry. 1992.
© Brigitte Péry

L’Académie des beaux-arts est l’une des cinq compagnies de l’Institut, créée en 1795  (Les autres sont l’Académie française, l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, l’Académie des Sciences et l’Académie des Sciences morales et politiques), elle a pour vocation de favoriser la création d’oeuvres d’art, le pluralisme des expressions et la défense et l’illustration du patrimoine artistique.

Epée de Pierre Cardin réalisé en 1992 par l’Atelier Péry.

L’épée entrelace le chas de l’aiguille, la bobine de fil et un dé d’or blanc rhodié et or fin 24 cts. On y distingue également le « M » de Maxim’s , un masque vénitien (ville natale de Pierre Cardin) et une jupe en peau d’autruche verte. La double lame de l’épée est en forme de ciseaux. L’Atelier l’a réalisé en 500 heures de travail, elle pèse 1,5 kg.

Pour clore cette découverte, quelques mots de Michel Renonciat, Restaurateur du Patrimoine et des Musées Nationaux, expert en armes anciennes et spécialiste des épées.

ÉPÉES ACADÉMICIENS

Comment devient-on expert en armes anciennes ?

Je suis collectionneur et fils de collectionneur, le regard s’aiguise.
Tout passe par le regard, puis vient l’expérience.
Les armes anciennes sont des oeuvres d’art, j’ai eu la chance de voir des pièces exceptionnelles, datant de Napoléon. C’est émouvant de retrouver le culte de l’Empire, l’histoire de France.
C’est aussi la possibilité de rencontrer de grande famille les Napoléon ou la famille princière de Monaco, Albert Ier était un grand collectionneur d’objets de l’Empire. Cela permet d’approfondir et d’échanger ses connaissances, bien connaitre l’histoire pour retrouver ses symboles.

ÉPÉES ACADÉMICIENS

Que représente l’épée à vos yeux ?

Une oeuvre d’art ! C’est un objet qui peut raconter beaucoup de choses.

ÉPÉES ACADÉMICIENS
Il y a sa symbolique l’épée de cour, militaire, l’épée d’officier…
L’Épée d’académicien c’est le reflet d’une vie.
Chaque partie de l’épée est pensée. Le futur académicien choisit ses symboles, pierres et parfois une citation.

Épée de Monsieur Alain Finkielkraut © Michel Renonciat

Épée de Monsieur Alain Finkielkraut
© Michel Renonciat

Par exemple une des dernières épées que j’ai réalisé, celle de Monsieur Alain Finkielkraut qui a été reçu à l’Académie Française au mois de janvier dernier, porte trois symboles :
Une citation de Charles Péguy « La République une et indivisible, c’est notre royaume de France »
un Aleph qui est la première lettre de l’alphabet hébraïque.
Une tête de vache en tant que douce nourricière des enfants de France.

Épée de Monsieur Valleron © Michel Renonciat

Épée de Monsieur Valleron
© Michel Renonciat

Je pense aussi à l’épée d’Alain-Jacques Valleron qui est très forte en symbolique que j’ai réalisé avec Jean-Louis Faure. Cet épidémiologiste a choisi des symboles plus complexes.
La garde est un pied de proportion pour les statistiques, la fusée en aiguilles de porc épic va en rapport avec le crâne et le coeur, car l’étude est faite sur les maladies animales transmissibles à l’homme et mortelles, dessous l’emblème de l’école polytechnique d’où il sort, et le dollar or américain car Monsieur Valleron enseigne aux États Unis.

J’ai eu la chance de réaliser un certain nombre d’épées, une soixantaine, et à chaque fois de rencontrer des femmes et des hommes d’exceptions.

© Le Point

© Le Point

Quelle fantastique aventure que la réalisation de cet article pour Esprit Joaillerie, que de rencontres passionnantes :

Mes très chaleureux remerciements aux
Maisons Cartier et Mellerio dit Mellers.

Une pensée toute particulière au
Créateur Joaillier Jean Vendome.

Monsieur Gil Piette, Directeur Général de la Maison Arthus Bertrand.

Stéphanie Porsain et Florent Tremolosa, Origine Ateliers.

Mme Claude-Marie Durix secrétaire des commissions littéraires à l’Académie Française qui a guidé mes pas dans l’histoire des épées d’académiciens.

Enfin un grand merci à l’expert en armes anciennes
Monsieur Michel Renonciat pour cette rencontre autour de son
savoir-faire, sa passion et son expertise des armes anciennes.

 

 

Isabelle Langlois a partagé sa passion du chrysobéryl avec Esprit Joaillerie lors d’un InstaLive
« Fascinant chrysobéryl ».
Une pierre « généreuse, solide et vivante ».

« Fascinant Chrysobéryl »
Isabelle Langlois & Charlotte Wannebroucq

 Isabelle, que vous inspire le chrysobéryl ?

La belle lumière du printemps.

De tous les chrysobéryls, quel est celui que vous préférez ?

Plus il est jaune, plus je l’aime avec un soupçon de vert.

Bagues chrysobéryls
Isabelle Langlois
© Ejcw

Existe t-il un chrysobéryl célèbre comme pour les diamants ?

Oui, un Hope justement, un oeil de chat jaune vert que l’on peut admirer au British Muséum.
De 45 carats, il a la couleur du péridot.

Comment avez-vous découvert le chrysobéryl ?

Petite fille et fille de lapidaire, j’ai toujours été entourée de belles pierres.
Mais étonnament, j’ai découvert le chrysobéryl dans un écrin qui comprenait trois pierres synthétiques fabriquées par mon grand oncle.
Il y avait deux rubis « sang de pigeon » (type rubis birman), le chrysobéryl était au centre et cela m’a beaucoup intrigué. Je n’ai eu, ensuite, de cesse de voir un vrai chrysoberyl.

Bague Chrysobéryls, Isabelle Langlois
© Isabelle Langlois

Quelle place a cette gemme dans vos créations ?

Le plus souvent le chrysobéryl est monté sur des pièces uniques, comme pour cette bague.
La réalisation prends au moins deux mois, car je prends soins de sélectionner également les pierres qui l’accompagnent. Sur mon bureau, il y a des plateaux remplis de pierres avec lesquelles je joue, c’est un jeu de couleur addictif. Je sélectionne les pierres les plus lumineuses, les plus chantantes.
Je vérifie leurs nuances et leur éclat. Parfois, il faut retoucher, repolir certaines d’entres elles pour que le résultat soit parfait. Il ne faut pas oublier que c’est la lumière qui révèle une pierre.

Bague Chrysobéryl
Isabelle Langlois
© Ejcw

Comment trouvez-vous ces pierres ?
Allez-vous les sélectionner dans les mines ?

 Une fois, je suis allée dans une mine en Tanzanie, c’était grisant, il faut l’avouer, mais soyons réaliste, en tant que femme, cela reste compliqué car ce sont des lieux très masculins.
J’ai la chance d’avoir des frères et cousins qui sont lapidaires, alors sans courir de risques, ils me proposent souvent de superbes pierres.

Quelle sera votre prochaine création ?

C’est à chaque fois comme un tableau où l’inspiration se dévoile.
Une belle pierre puis d’autres qui vont s’associer et se révéler.
La prochaine réalisation sera très probablement réalisée avec ce magnifique grenat de 13 carats.

Composition Isabelle Langlois
© Isabelle Langlois

J’y ajouterai d’autres pierres dont voici un aperçu, le feu, la flore et … le jugement dernier.
Trés tendance en ce moment.

 Merci Isabelle de nous voir parlé avec passion du chrysobéryl lors de ce Live Instagram qu’on peut voir ou revoir avec le lien suivant :
Isabelle Langlois
12 rue de la Paix 75002 Paris

Hélène et Jeanne Karpov, vous êtes reconnues dans la profession de la haute joaillerie comme étant de célèbres dessinatrices de bijoux.

Sœurs jumelles, d’origine russe, vous avez grandi en France.
Vous avez collaboré avec de prestigieuses maisons de la
Place Vendôme.
Aujourd’hui, vous ouvrez un nouveau chapitre, celui de la création de bijoux, vous avez lancé votre propre marque, la marque Karpov.

Quel a été le déclencheur de ce projet ?

Comme de nombreux jumeaux, nous avons toujours rêvé de travailler ensemble. Avant cela, nous avons néanmoins eu envie de suivre chacune notre propre chemin au sein de maisons de joaillerie différentes afin de développer des compétences complémentaires.

Après 15 ans d’expérience professionnelle sur la place Vendôme, nous avons réalisé que c’était le bon moment de tenter une nouvelle aventure et de bâtir notre rêve commun.

Comment passe-t-on du dessin à la création d’une marque, d’une collection de bijoux ?

La création de collection(s) de bijoux n’avait pas de secret pour nous car nous avions déjà pas mal de pratique même si c’était sur le segment de la haute-joaillerie.
C’était donc la partie la plus « facile » de notre entreprise.

En revanche, la création de notre marque a été un vrai défi. Il y a beaucoup de domaines qui nous étaient complètement inconnus en particulier toute la partie stratégie/business.

Nous sommes donc sorties de notre zone de confort et cela n’a pas été facile tous les jours. Heureusement nous étions deux pour gérer cet aspect et nous soutenir dans les moments difficiles. Nous avons appris beaucoup pendant ces 2 années de construction, en nous entourant de personnes compétentes qui ont guidé nos pas.

Pouvez-vous nous parler de votre première collection Précieux Elixirs ?

Notre première collection s’inspire du parfum.
Nous voulions dessiner des bijoux intemporels que nous pourrions porter en journée comme en soirée mais avec une identité créative forte.

Il y a donc des pièces discrètes en or 18K et d’autres pièces plus habillées avec du pavage diamant et des pierres fines. Cette dernière catégorie de bijoux est transformable et peut être portée suivant son envie.

Par ailleurs, certaines pièces se prêtent à de nombreux événements. Nos bagues délicates mais fortes en caractère peuvent être offertes pour une demande en mariage par exemple.

Cette collection présente une vingtaine de pièces au total, elles seront dévoilées au fur et à mesure de l’année 2020.

Quelles ont été vos inspirations ?

Nous avons travaillé sur un mélange de 2 univers qui se répondent à merveille : celui du parfum et celui de la joaillerie.

On retrouve donc essentiellement des formes simples et géométriques qui reprennent à la fois des formes de flacon et des tailles de pierre : brillant, carré, émeraude etc…

Nous les avons relevés de facettes afin que chaque petit flacon se porte comme un diamant !

Pourquoi l’univers du parfum est-il si présent ?

Ce thème nous est très cher : nous adorons simplement le parfum.
Nous sommes toutes les deux des hypersensibles olfactives et nous aurions beaucoup aimé
être « Nez » à une époque.

Le parfum est un objet très français. Il est synonyme de luxe, de raffinement, d’excellence et de savoir-faire. Il se porte à même la peau, et définit aussi une personnalité :

Il peut être discret comme très présent.

La femme qui le porte le choisit avec soin ; la personne qui l’offre, avec amour. Les similitudes sont frappantes avec la joaillerie. Ce thème s’est donc imposé comme une évidence pour nous.

Quel bijou représente le mieux votre marque ?

Tous nos bijoux représentent notre marque. Ils ont tous été « doublement » pensés, dessinés, validés. Nous les avons réfléchis dans les moindres détails, au 10eme de mm.

Ils sont tous féminins, délicats mais avec leur propre caractère.
C’est peut-être à notre cliente de définir la pièce qui définit la marque au mieux ?
Pour le moment nous n’avons sorti que 7 pièces sur la vingtaine.
Il faudra probablement un peu de temps pour se faire une idée.

Dans ce processus créatif, avez-vous une anecdote à partager avec nos lecteurs ?

Notre volonté n’est pas seulement de proposer des bijoux mais aussi de raconter une histoire autour de nos collections. C’est pourquoi nous avons fait écrire un conte spécialement pour le lancement de
« Précieux Elixirs ». Nous l’avons illustré nous même et nous avons imaginé des flacons de parfum exceptionnels qui rejoignent notre univers de prédilection : la haute joaillerie.

Nous rêverions de faire un partenariat avec une grande maison de parfum et qui sait, faire fabriquer ces flacons merveilleux un jour…

Gouache flacon Tsaritsa

Avez-vous chacune une spécialité ?

Etant donné que nous sommes des créatives toutes les deux, et que c’est la première fois que nous montons une marque, nous avons eu à cœur de construire la base ensemble : nous avons choisi nos pierres, notre atelier, nos collaborateurs ensemble.

Mais si nous devions donner une particularité :

Hélène est la plus créative. Elle est vraiment à l’aise avec les formes, les lignes. Elle arrive à extraire l’essence d’un thème, à simplifier au maximum les bijoux pour ne laisser que les lignes indispensables.

Jeanne est spécialisée dans l’illustration, et la représentation des bijoux. C’est elle qui réalise les peintures à la gouache de nos illustrations, ou de nos bijoux. Elle s’occupe aussi de l’Instagram de la marque.

Y a t-il un lieu qui vous inspire ?

Nous avons besoin de voir beaucoup de lieux différents pour nourrir notre inspiration. Les voyages et les visites de musées nous sont très précieux. Nous avons adoré visiter l’Ermitage en Russie, le Puri Lukisan à Ubud, la fondation Bauer à Genève, le Victoria and Albert muséum à Londres, le Mori Art museum à Tokyo, le musée Jacquemart-André à Paris etc.

Et également la nature dans toutes ses formes. Nous pouvons rester des heures à contempler la jungle et les formes des feuilles, les tons de vert, la montagne et les reflets du soleil dans la neige, et l’extraordinaire jardin marin de l’océan indien.

Une musique que vous écoutez ?

Nous écoutons beaucoup de musique au bureau de tout genre mais si nous devions n’en citer qu’un, cela serait bien sûr le rock russe des années 80 et 90 (Kino, Nogu svelo, Mumiy Troll, Nautilus Pompilus etc…)

Un livre que vous n’avez pas oublié ?

Le livre de contes russes que nous lisait notre père quand nous étions petites, illustré par Ivan Bilibin.
Les graphismes sont simplement féériques et si typiques du folklore russe.

Comment imaginez-vous la suite de cette belle aventure ?

Nous l’imaginons la plus heureuse possible !

Nous avons encore beaucoup de travail en cours sur « Précieux Elixirs » mais nous réfléchissons déjà à notre prochaine collection.
Nous espérons que nos bijoux rencontreront le succès et que nous pourrons développer la marque.
Et pourquoi pas, proposer nos gouaches originales à la vente ?

Gouache Flacon Imperatritsa

Karpov.Paris

Au détour d’une lecture, la littérature parle de bijoux surprenant. Connaissez vous l’incroyable tortue rutilante de gemmes de Jean des Esseintes. Personnage principal du roman « A Rebours » de la fin du XIXème siècle, l’auteur Joris-Karl Huysmans nous entraine vers la folie des gemmes.

Cartier Lapis-Lazuli, Émeraude, Or. Vers 1950

Cartier
Lapis-Lazuli, Émeraude, Or.
Vers 1950

 Jean des Esseintes, esthète maniaque à l’esprit décadent, est fasciné par les couleurs, une idée incroyable lui vient à l’esprit pour donner de la vie à son tapis: « Regardant, un jour un tapis d’orient à reflets et, suivant les lueurs argentées qui couraient sur la trame de la laine, jaune aladin et violet prune, il s’était dit : il serait bon de placer sur ce tapis quelque chose qui remuât et dont le ton foncé aiguisât la vivacité de ces teintes.

Cartier Rubis, Or

Cartier
Rubis, Or

Possédé par cette idée, il avait vagué, au hasard des rues, était arrivé au Palais Royal, et devant la vitrine de Chevet s’était frappé le front : une énorme tortue était là, dans un bassin. Il l’avait acheté : puis, une fois abandonnée sur le tapis, il s’était assis devant-elle et il l’avait longuement contemplée, en clignant de l’oeil.

Cartier Rubis, Or

Cartier
Rubis, Or

Decidement la couleur tête-de-nègre, le ton de Sienne crue de cette carapace salissaient les reflets du tapis sans les activer; les lueurs dominantes de l’argent étincelaient maintenant à peine, rampant avec les tons froids du zinc écorché, sur les bords de ce test dur et terne.(…)

Boucheron Oeil de Tigre, Émeraudes, Diamants, Or

Boucheron
Oeil de Tigre, Émeraudes, Diamants, Or

Il découvrit enfin que sa première idée, consistant à vouloir attiser les feux de l’étoffe par le balancement d’un objet sombre mis dessus était fausse; en somme, ce tapis était encore trop voyant(…) Il s’agissait de renverser la proposition, d’amortir les tons, de les éteindre par le contraste d’un objet éclatant, écrasant tout autour de lui, jetant de la lumière d’or sur de l’argent pâle.(…) Il se détermina à faire glacer d’or la cuirasse de la tortue.(…)

René Boivin Citrine, Émeraudes, Or Vers 1940

René Boivin
Citrine, Émeraudes, Or
Vers 1940

La bête fulgura comme le soleil, rayonna sur le tapis (…) Des Esseintes fut tout d’abord enchanté de cet effet; puis il pensa que ce gigantesque bijou n’était qu’ébauché, qu’il ne serait vraiment complet qu’après qu’il aurait été incrusté de pierres rares.

Van Cleef & Arpels Émeraudes, Rubis, Diamants

Van Cleef & Arpels
Émeraudes, Rubis, Diamants

Il choisit dans une collection japonaise un dessin représentant un essaim de fleurs, l’emportat chez un joaillier, et il fit savoir au lapidaire stupéfié que les feuilles, que les pétales de chacune de ces fleurs, seraient exécutés en pierreries et montés dans l’écaille même de la bête (…)

Cartier Lapis-Lazuli, Saphirs roses, Saphirs, Or Vers 1960

Cartier
Lapis-Lazuli, Saphirs roses, Saphirs, Or
Vers 1960

Le choix des pierres l’arrêta; le diamant est devenu singulièrement commun depuis que tous les commerçants en portent au petits doigt; les émeraudes et les rubis de l’Orient sont moins avilis, lancent de rutilantes flammes, mais ils rappellent par trop ces yeux verts et rouges de certains omnibus qui arborent des fanaux de ces des couleurs; quant aux topazes brûlés ou crues, ce sont des pierres à bon marché. (…)

Van Cleef & Arpels Citrine, Turquoise, Or

Van Cleef & Arpels
Citrine, Turquoise, Or

Décidément aucune de ces pierreries ne contentait des Esseintes; elles étaient d’ailleurs trop civilisées et trop connues. Il fit ruisseler entre ses doigts des minéraux plus surprenants et plus bizarres, finit par trier une série de pierres réelles et factices dont le mélange devait produire une harmonie fascinatrice et déconcertante.

Chaumet Calcédoine, Diamants, Or. Maison Miller

Chaumet
Calcédoine, Diamants, Or.
Maison Miller

Il composa ainsi le bouquet de ses fleurs : les feuilles furent serties de pierreries d’un vert accentué et précis : de chrysobéryls vert asperge ; de péridots vert poireau ; d’olivines vert olive et elles se détachèrent de branches almadine et en ouwarvite d’un rouge violacé, jetant des paillettes d’un éclat sec, de même que ces micas de tartre qui luisent dans l’intérieur des futailles (…) Trois pierres dardaient en effet des scintillements mystérieux et pervers, douloureusement marchés du fond glacé leur eau trouble : Yeux de chat de Ceylan, cymophanes et saphirines.

Seaman Schepps Citrines, Emeraudes, Bois de Rose, Or

Seaman Schepps
Citrines, Emeraudes, Bois de Rose, Or

L’oeil de chat d’un gris verdâtre, strié de veines concentriques qui paraissent remuer, se déplacer à tout moment, selon la disposition de la lumière. Le cymophane avec des moires azurées courant sur la teinte laiteuse qui flotte à l’intérieur.
La saphirine qui allume des feux bleuâtres de phosphore sur une fond de chocolat, brun sourd.(…)

Des Esseintes regardait maintenant, blottie en un coin de sa salle à manger, la tortue rutilait dans la pénombre.(…) ».

Cartier Rubis, Saphirs, Or

Cartier
Rubis, Saphirs, Or

Je ne vous raconte pas la fin de la tortue car c’est triste
( … sauf si vous êtes vraiment très nombreux à me la demander).

Broche vintage Diamants, Onyx, Or

Broche vintage
Diamants, Onyx, Or

 

Flotter dans les airs, qui n’en a pas rêvé ?
Esprit Joaillerie vous entraine dans le monde poétique des gemmes pour y découvrir un univers proche du cosmos, silencieux et lumineux.

Plaquettes orientées d’hématite et d’ilménite dans une Pierre de Soleil.
© Marine Bouvier

Dans un espace confiné, qui pourrait paraitre insignifiant, des signes miroitants dispersent des lueurs et des formes géométriques à ceux qui prennent le temps de les regarder.

Cristaux octaédriques de chromite entourés de cernes de tension dans un Péridot. Cette inclusion est généralement connue sous le nom de « feuille de nénuphar » (ou Lily pad).
© Marine Bouvier / AGAT

Equipé d’une loupe ou d’un microscope nous pouvons alors nous évader, nous émerveiller de la beauté des gemmes.
Esprit Joaillerie a proposé à Marine Bouvier, professeur de gemmologie à l’AGAT, de nous guider dans cet univers fantastique en partageant ses superbes photos d’inclusions.

Inclusions de fibres de chrysotile, également appelées « queue-de-cheval », dans un Grenat Démantoïde de l’Oural (Russie).
© Marine Bouvier

Aiguilles de rutile en forme de triangle, observées dans un Rubis Birman provenant de la célèbre localité de Mogok.
© Marine Bouvier / AGAT

Quartz à inclusions de hollandite provenant d’Antsirabé (Madagascar).
© Marine Bouvier

Incroyable « clou de phénacite » dans une Émeraude synthétique hydrothermale.
© Marine Bouvier / AGAT

Inclusions de goethite en forme de « balai » dans une Améthyste à inclusions
© Marine Bouvier

Aiguilles de rutile et givre dans un Grenat Rhodolite.
© Marine Bouvier / AGAT

Superbe inclusion multiphasée contenant du pétrole (liquide jaune), de l’hydrocarbure (petit cristal noir) et du méthane (bulle de gaz), dans un Quartz du Pakistan
© Marine Bouvier / AGAT

Face naturelle d’un cristal brut de Grenat Spessartite provenant de la mine de Navogador (Minas Gerais, Brésil)
© Marine Bouvier / AGAT

Merci Marine Bouvier pour ce voyage fascinant au coeur des gemmes.

Ecole de Gemmologie AGAT
(Académie de Gemmologie Appliquée et Technique) basée à Nice.
agat_nice

Marine Bouvier, responsable du Département Gemmologie de l’AGAT & photomicrographe

marine_bouvier_gemmartistic